La niche fiscale, c’est du Yield Management quand l’impôt est trop élevé !

Michel Taly, Avocat Fiscaliste Chez Arsene Taxand, a déclaré le 19 novembre dans les décodeurs de l’info sur BFM que « la Niche Fiscale, c’est du Yield Management quand l’impôt est trop élevé ».

« Pourquoi on fait des niches ? Théoriquement, c’est pour vous inciter à faire ceci ou cela. Mais c’est aussi parce que plus vous montez le taux de l’impôt, comme le degré de résistance des diverses catégories de contribuables n’est pas le même, il y a un moment où vous sentez que cela craque d’un côté mais pas de l’autre. Donc la seule façon que vous avez de maintenir votre recette, c’est de donner une petite atténuation à celui qui est en train de craquer pour maintenir l’impôt pour l’autre. Vous savez c’est un peu comme dans un avion quand on arrive à faire asseoir deux personnes dans deux fauteuils pareils alors qu’ils n’ont pas payé le même prix. Ils appellent cela du Yield Management. Et bien la niche fiscale c’est du Yield Management quand l’impôt est trop élevé ».

Intéressant ! Si on met en parallèle la contribution des passagers d’un Long Courrier et la contribution à l’impôt sur le revenu des différentes tranches de population :

  • 1,6% des contribuables payent 40% de l’impôt, c’est la Première Classe.
  • 8,4% des contribuables représentent 35% de l’impôt, c’est la Classe Affaire.
  • 40% des contribuables payent 25%, c’est la Classe Economique Premium.
  • 50% des contribuables ne payent pas l’impôt, c’est la Classe Economique.

Avec un avion Long Courrier de 400 places, nous aurions ainsi :

  • 6 sièges Première Classe
  • 32 sièges Classe Affaire
  • 160 sièges Classe Economique Premium
  • 200 sièges Classe Economique
C’est une représentation assez juste de l’aménagement d’un long courrier.
 Deux remarques :
  • Selon IATA, au global des compagnies aériennes, la haute contribution (Première Classe et Classe Affaire) représente 8% des passagers et 30% des recettes de l’avion. Pour l’impôt Français, ces « passagers » représentent 10% des contribuables mais 75% des recettes de l’impôt !
 
  • Autre élément différenciant entre les contribuables et nos passagers Long Courrier : les 200 passagers en classe économique des compagnies aériennes payent. Bien moins que les autres, mais ils payent. Dans l’avion piloté par Bercy, les 200 « passagers » aux plus bas revenus ne payent rien. Même pas une participation symbolique. Ils voyagent gratuitement grâce aux « passagers » Haute Contribution.

Une partie de la stratégie des compagnies aériennes est de remplir leur Première Classe et leur Classe Affaire en offrant du service, en fidélisant leurs clients, en pratiquant des prix acceptables par le marché. Elles redoutent qu’un de leurs clients Haute Contribution passe à la concurrence car leurs marges en seraient directement impactées. Et cette Haute contribution ne représente « que » 30% des revenus. Que dire de l’inquiétude que devrait avoir l’administration fiscale vis-à-vis de ses contribuables Haute Contribution qui pèsent eux, pour 75% des revenus.

Si j’avais à Yield Manager un avion dont la haute contribution représente 75% de mon revenu :

  1. Je bichonne ces clients, je leur offre un service sur-mesure, je leur fais une danse du ventre de tous les diables, je les flatte en leur montrant à quel point ils sont importants pour ma compagnie. Car si l’un s’en va, à ce niveau de contribution, c’est mon entreprise qui ferme.
  2. Je n’augmente surtout pas les tarifs, pour ne pas prendre le risque qu’ils partent à la concurrence. Au contraire, j’étudie des baisses de prix éventuelles pour prendre des parts de marché aux autres concurrents.
  3. J’essaye d’attirer de nouveaux clients en vantant la qualité de mes avions, en ayant une communication positive au lieu d’exposer tout haut, tout ce qui ne marche pas dans ma compagnie.
  4. J’irais presque à demander à mes deux cents Pax qui voyagent gratuitement, de leur faire une haie d’honneur à leur arrivée dans l’avion au lieu de leur barrer le passage sous des « Casse-toi, sale Riche »

Ce n’est pas la stratégie du moment, mais c’est en train de changer.

Maintenant, D’après Michel Taly, les niches permettent au gouvernement de « segmenter la demande » en offrant différents prix à la demande Haute Contribution, ce qui permettrait de faire payer le prix maximum à chacun

Si je me replace en tant que Yield Manager de cet avion : 
  1. Je ne vais pas faire des prix différents pour chacun de mes 6 passagers. A essayer d’optimiser l’un, je risque de mécontenter l’autre, qu’il s’en aille et j’aurais tout perdu.
  2. De plus, mon échantillon est trop petit pour pouvoir déterminer si mes actions sont positives ou non. Je ne Yielde donc pas cette Première Classe (ou très très peu). C’est d’ailleurs ce que font les compagnie aériennes en proposant un pricing simple et clair pour ces Clients Haute Contribution.

En revanche, les compagnies aériennes font du Yield sur les classes économiques. Car les tailles sont suffisamment grandes pour pouvoir les segmenter et avoir un retour d’expérience sur les actions prises. Or dans mon avion, les classes économiques ne payent pas.

Donc, d’un point de vue économique, il est trop aléatoire pour ma recette d’appliquer des niches sur ma haute contrib et je ne peux pas les appliquer sur la basse.

D’un point de vue Revenue Management, les niches fiscales ne me sont donc d’aucune utilité pour maximiser ma recette.

Un impôt simple, lisible et efficace : c’est finalement la flat tax défendu par Philippe Manière : cela consiste à supprimer toutes les niches fiscales et à avoir un taux d’imposition unique pour tous les contribuables. il propose aussi d’exonérer par exemple les 2 premiers milliers d’Euros mensuels pour ne pas pénaliser les plus démunis.

Mots-clés : Les décodeurs de l’info, BFM, Michel Taly, Niche fiscale, long courrier

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